“Mignonne la petite chinoise, hein?”

Quand on ne sait même plus verbaliser son désarroi 

 Septidi 17 Ventôse 219 

Je ne vous parle jamais du boulot. Normal, ça ne vous intéresserait pas de savoir comment je contribue à soigner le cancer. Genre je suis modeste, ahah. Me voici donc accueillant dans mon bureau la délégation de Philips envoyée depuis Singapour. Ouais en général quand y’a 150k$ à se faire les gens prennent l’avion pour vous voir. Pis on sait jamais si après on leur achetait le scanner, ca ferait vite beaucoup de thunes.

Je m’attendais à deux commerciaux ridiculement endimanchés sortant leurs slogans puant le marketing, mais je vois débarquer une médecin et un physicien, agréable surprise on va pouvoir vraiment discuter en se comprenant.

Briefing d’une heure avec les représentants, le chef de service et mes assistants. Parce que ouais j’ai trop un poste à responsabilités, je manage moi môsieur. Suivie de deux autres heures en comité restreint pour parler gros sous. Puis la petite dose de Public Relations qui s’impose, extrait de discussion avec la médecin chinoise, appelons-la Kim (je sais ça fait coréen mais chut) : 

-Oh really, you’re french ?! Amazing ! Tell me, why are French men so romantic? 

-Dunno, maybe because French girls are so beautiful?  (ou alors comme tous les touristes tu penses que Paris c’est la France, et tu confonds la beauté de Paris avec le sale caractère des parisiens) 

-You’re not nice to me ! I had hard time on make-up to come see you  *regard et moue de petite fille asiatique innocente, facon cliché hentai pré-punition-sodomie* 

 

-So maybe next time you try to do even better and I swear we’ll shoot some photos, could be fun! (Tu me crois assez con pour tester la minauderie de coquinette, mais moi mon truc c’est plutôt la levrette et le baisage de bouche, mais je t’en veux pas tu peux pas savoir) 

Serrages de mains durant une plombe, le business et les asiats c’est tout un rituel. Kim part à Paris pour affaires la semaine prochaine, elle doit me mailer pour connaître les endroits à voir dans Paris. Je me demande si elle joindra des photos d’elle en lingerie pour conclure le contrat. Ce qui est sûr c’est qu’elle ne verra de Paris que le Printemps et les galeries La Fayette, véritable cliché asiat en escaprins dans la capitale, c’est d’un pathétique…

Pour conclure la journée, débriefing avec le chef de service. Je lui expose longuement les options qui s’offrent à nous, celle qui répond le mieux à notre stratégie pour le service, blablabla, etc, etc… Il a le regard évasif et pour toute réponse j’obtiens « elle était bien mignonne la petite chinoise, hein ? ». Oui, les hommes de plus de 40 ans disent « mignonne » au lieu de « bonne », et ils croient toujours que les strings c’est pour les MILFs divorcées… Il ne manquaient plus que le coup de coude et le clin d’œil complice et on retombait directement au groupe de mâles du paléolithique.

Je choisis de ne pas jouer le jeu sociologique des primates, bien que ce chef soit techniquement mon boss. Autant je n’ai aucun problème avec le fait que les mecs pensent avec leur bite (j’en suis), mais je ne supporte pas que ça empiète sur le côté pro. Il doit y avoir là l’une des différences qui séparent le mec qui aime le cul de celui qui en a besoin comme un gros camé obsédé.

Ou alors c’est une séquelle de carabin (=étudiant en médecine) ayant trop piné et été pinée durant des années de débauche?

  1. Aucun commentaire, ça te dit de preumser?

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